Culture au quai
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Max Papeschi s'installe au Point Ephémère

Expo in the City a eu la chance de rencontrer l’artiste Milanais Max Papeschi, de passage à Paris à l’occasion de sa première exposition en France : « La Société du Spectacle », organisée par le collectif culturel Bad Mama’s Karma au Point Ephémère, du 8 septembre au 12 octobre 2014.

max papeschi  Max Papeschi connaît bien Paris et est très attaché à cette ville, il y a vécu un an, en 1995, lorsqu’il était metteur en scène de théâtre. Il retourne en Italie lorsque la péniche hébergeant le théâtre est détruite par un incendie. Le film sur lequel il travaille par la suite ne verra jamais le jour, la chaîne de télévision qui l’engageait remanie tout son personnel : en six mois sa carrière bascule et il décide en 2007 d’écrire une pièce de théâtre, « Ronald the Butcher Boy » sur l’histoire d’un soldat américain combattant en Irak et qui, dégradé à son retour suite à son implication dans un scandale semblable à ceux de Guantánamo et Abou Ghraib, ne trouve comme emploi que le rôle de Ronald McDonald. Pour préparer la promotion de cette pièce encore au stade d’écriture, Max Papeschi ouvre une page Myspace et créé des collages Photoshop, à la suite d’une formation expresse sur les bases du logiciel assurée par un ami. Sa première œuvre représentera Ronald McDonald hilare dans un désert, avec une mitraillette, devant une énorme explosion.

« Je n’ai jamais décidé de devenir un artiste »

Il est alors contacté par un petit galeriste italien, qui souhaite exposer ses œuvres, qui rencontrent un certain succès. Il produit alors de nouveaux travaux, présentés lors d’une exposition personnelle et, de fil en aiguille, des galeries lui proposent des expositions personnelles à travers l’Europe. Le grand saut médiatique a lieu en 2010 lors d’une exposition à Poznan (Pologne) : un poster géant de NaziSexyMouse est accroché en centre-ville pour la promotion de l’exposition. Dès le lendemain, la presse internationale s’empare de l’événement, c’est un journaliste italien qui  apprend la nouvelle à l’artiste alors qu’il est en vacances : « Je savais que cette image serait utilisée pour l’affiche, mais je ne savais qu’ils en feraient un poster de 8 mètres sur 8. Je suis allé voir sur internet, je suis tombé sur des articles qui parlaient de cette œuvre en toutes les langues, je me suis dit : Je suis célèbre, et pour quoi ? Pour une énorme croix gammée. Merde ! » (rires)

Mais rapidement, « les gens ont compris [s]on œuvre » : il proteste contre toute forme de violence, contre la violence étatique, du pouvoir, quel que soit le type de régime. Il préfère présenter son travail à travers des expositions personnelles, afin de donner son univers à voir aux visiteurs. Si une œuvre est exposée seule, hors-contexte, au sein d’une exposition collective « elle peut être mal interprétée. [Il] préfère une exposition personnelle, où [il] montre 30 ou 40 œuvres, où les gens passent du temps dans [s]on monde, ils sont dans l’atmosphère. Quand [il] participe à des expositions collectives, [il] préfère envoyer une vidéo de quelques minutes pour recréer cet univers, c’est plus facile à comprendre. »

papeschi-26Concernant les sujets qui inspirent ses œuvres, il choisit les éléments les plus importants, les plus marquants (parmi lesquels les épisodes tragiques du nazisme, du communisme, des guerres du Vietnam, d’Irak et d’Afghanistan, le 11 septembre…). Sa volonté est que son œuvre soit toujours compréhensible dans quelques décennies, et qu’elle le soit par tous. Il cherche à capter « l’esprit général de ce qui se passe ». Il cite en exemple le cas de Berlusconi, personnage très important en Italie du fait de ses vingt ans de pouvoir et de sa gigantesque influence (il est d’ailleurs le propriétaire de la maison d’édition qui a publié l’autobiographie de Max Papeschi)  mais il ne représente pas une référence suffisamment importante pour qu’il y consacre plus d’une œuvre, Greetings from Italy.

Les réactions des gens ne différent pas énormément d’un pays à l’autre face à son travail, il a exposé au Mexique, aux Etats-Unis, comme en  Europe du Nord. « Tout le monde comprend [s]on travail, il est très compréhensible. Dans certains pays c’est un peu différent, en Inde par exemple, où les références culturelles ne sont pas les mêmes. Le monde est quasi globalisé dans l’ensemble donc ces images sont connues des gens. »

Kill Me Tender, Max Papeschi

Retour à Paris, cette ville si chère à Max Papeschi, pour une exposition événement dont le nom est un hommage à l’essai politique de Guy Debord. « La Société du Spectacle », présentée par Bad Mama’s Karma au Point Ephémère en septembre-octobre 2014 permet à l’artiste de dévoiler une nouvelle série de travaux portant sur des politiciens, des protagonistes historiques. Dans le cadre de cette exposition, seront aussi données à voir des œuvres tirées des séries précédentes.

« La vie décide pour vous parfois »

Max Papeschi a plusieurs projets : il a publié cette année son autobiographie, projet qui était au départ celui d’un film documentapapeschiire. Il ne se prétend pas écrivain et ce qu’il tient à raconter à travers ce livre commandé par un éditeur, c’est l’histoire étrange qui lui est arrivée : « Je ne voulais pas devenir un artiste, j’ai été un metteur en scène raté et je suis devenu célèbre comme artiste ». Une pièce de théâtre adaptée de son livre est actuellement en préparation. Il a choisi d’aider à l’écriture mais pas à la mise en scène, nous explique-t-il en souriant, pour que cela ne soit pas un spectacle « d’après un livre de Max Papeschi, basé sur la vie de Max Papeschi, mis en scène par Max Papeschi ».  Après son passage par Paris, il s’envolera pour le Japon, l’Italie, la Suisse, puis les Etats-Unis.

Lorsqu’on lui demande quelles sont ses inspirations, Max Papeschi nous répond que les films (de Kubrick, Tarantino, Terry Gilliam ou Fellini) et les publicités font davantage partie de ses influences que les artistes contemporains, qu’il n’a découverts qu’assez tard. « Avant de  me lancer dans cette carrière d’artiste,j’ai vu beaucoup de films, et relativement peu d’expositions ».  Il affirme avoir eu de la chance « d’entrer dans ce monde de l’art « like a virgin », sans rien en savoir, libre de faire ce qu[‘il veut] ». L’œuvre d’Orwell, 1984, est très importante pour lui, et l’a notamment inspiré pour la série ne noir et blanc From Horishima With Love, du fait de cette idée majeure : « Celui qui contrôle le présent contrôle le passé. Celui qui contrôle le passé, contrôle le futur».

« Si on commence à penser à ce que veut le marché de l’art, notre œuvre ne sera pas ce que nous voulons qu’elle soit »

Devenu célèbre très rapidement et sans jamais l’avoir cherché, Max Papeschi prend du recul, pour lui, c’est 50% de talent et  50% de chance, de contexte, de timing : « Tout le monde veut devenir célèbre mais tout le monde n’a pas le talent nécessaire pour cela ». Il peut tout de suite voir, comme il utilise des symboles historiques très controversés, ceux qui utilisent cette imagerie car ils en ont besoin pour le message qu’ils tiennent à faire passer, et ceux qui cherchent à provoquer un scandale, tremplin vers une célébrité immédiate, bien que souvent éphémère. « Sans message derrière, la provocation est ennuyeuse », il fait très attention lorsqu’il utilise ces symboles, ces croix gammées. Devant ce succès international, certains veulent devenir lui, « ils voient que ça marche, donc ils copient mais sans message, sans fond ».

La-politique-et-la-pop-culture-fusionnent-dans-les-oeuvres-de-Max-Papeschi_w670_h372« Le moment où j’ai créé tout ça était sûrement le pire de ma vie : pas de travail, pas d’argent, pas de petite amie. Je n’ai jamais fait ces œuvres en pensant qu’un jour je pourrai les vendre ni à quel prix », il l’a fait pour une raison artistique, loin de toute idée « business ». « Je préfère changer la couleur d’œuvres déjà existantes, car c’est honnête. Si je n’ai pas d’idée, je préfère reproduire la même œuvre dans une autre couleur, mais pas créer quelque chose de similaire par défaut, ce n’est pas honnête. Il y a l’idée principale de l’œuvre, et puis je peux décliner les couleurs ensuite. Je prends aussi des risques, comme avec la série avec le bébé qui pleure, je n’en ai vendu que deux pièces, personne ne souhaite avoir un bébé qui pleure chez lui (rires). Je le savais mais ça m’était égal » : il voulait le faire, pour ce qu’il souhaitait montrer. « Mais il faut bien vivre, et c’est pour ça que je préfère décliner les couleurs de mes œuvres, ce n’est pas un compromis, il faut juste se concentrer sur certains aspects parfois. » L’essentiel pour lui est de ne pas tomber dans le piège et devenir une machine à fric, sinon c’est la fin. « Si on commence à penser à ce que veut le marché de l’art, notre œuvre ne sera pas ce que nous voulons qu’elle soit ».

Il soulève l’idée d’éditer des t-shirts d’après ses œuvres, il a fait déposer son nom comme marque, afin d’éviter le plagiat et le vol de ses œuvres (comme c’est déjà arrivé avec deux marques de t-shirts), il y réfléchit bien car s’il le fait, il veut bien le faire. Il est peut-être temps de le faire pour mettre fin à ces utilisations sans son autorisation. Affaire à suivre !

 

Expo in the City remercie Max Papeschi et Djam Zerrifi de Bad Mama’s Karma pour cette rencontre !

« La Société du Spectacle » de Max Papeschi, au Point Ephémère du 8 septembre au 12 octobre 2014
200 Quai de Valmy, 75010
M°Jaurès (2, 5, 7 bis), Louis Blanc (7)
Entrée libre

INFO EN PLUS : Le lundi 8 septembre à 19h aura lieu le vernissage en présence de l’artiste. Le collectif culturel Bad Mama’s Karma nous présentera un happening chorégraphique créé par les Ballets Wasa, s’inspirant des œuvres de Max Papeschi, ainsi qu’un DJset de Kooltrasher.

Pour plus d’infos, rendez-vous sur la page dédiée : https://www.facebook.com/events/601516549956688/

Les œuvres de Max Papeschi sont visibles sur son site  : http://www.maxpapeschi.com/
Bad Mama’s Karma : https://www.facebook.com/badmamazkarma

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