Né(e)s de l’écume et des rêves
Né(e)s de l’écume et des rêves

Voyante ou somnambule ?

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Gustave Courbet -
La voyante, 1865 //


Courbet représente une jeune fille de face, en buste, la tête légèrement incliné, isolée de son environnement grâce à un cadrage très serré. Son regard est dirigé vers le spectateur, au premier abord on a le sentiment d’être observé. Mais dans un deuxième temps, on remarque qu’elle fixe quelque chose ou quelqu’un que nous ne pouvons pas voir. Ce tableau est un manifeste de l’œuvre de Courbet, autant dans son style que dans le sujet.

Le fond sombre de la toile contraste avec le visage éclairé de la jeune femme ce qui renforce l’attention sur elle. Son air énigmatique interroge. Qui est-elle donc ? A quoi pense-t-elle ? Le titre du tableau donne un premier élément de réponse : la Voyante. Elle semble en effet en connexion avec l’au-delà, ou en tout cas avec quelque chose qui nous échappe en tant que spectateur. Le tableau est également appelé la Somnambule. Cette double appellation confirme l’impression de situer entre la transe et le rêve. Dans les années 1850, se développent des réflexions philosophiques et scientifiques sur les sciences occultes, le somnambulisme, l’interprétation des rêves et l’inconscient. Il est très probable que Courbet se soit intéressé à ces phénomènes et nous représente ici une part de l’inconscient de cette jeune fille. Courbet peint cette toile presque 50 ans avant les théories freudienne sur le sujet.

Courbet est le chef de file du mouvement réaliste. Ce mouvement marque une rupture formelle et stylistique par rapport aux scènes idéalisées de l’art académique du début du XIXème siècle. Ce mouvement, né après la révolution de 1848, choisit de représenter des gens et des événements ordinaires dans un style naturaliste et libéré de toute convention morale. Dans ce tableau, Courbet applique ces préceptes et ne pratique aucune idéalisation.Le front de la jeune femme est bombé et disproportionné par rapport à son visage, le menton est creusé, on voit apparaître des imperfections sur sa peau. On est loin de l’idéalisation néoclassique pratiqué par des artistes tels que Jacques Louis David ou Antoine Gros. De plus il ne s’agit ni d’une muse ni d’une allégorie et encore moins d’un portrait bourgeois. Le peintre représente une anonyme. Cependant, certains historiens se sont penchés sur l'identité de la jeune fille et arrivent tous à la conclusion qu'il pourrait s'agir de Juliette, la plus jeune sœur de Courbet. Ils sont arrivés à cette déduction en attribuant certains traits caractéristiques de la jeune femme à ceux observés sur des portraits antérieurs identifiés : fente au menton, front bombé, pommettes saillantes.

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