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Mesdames Cézanne aux fauteuils jaunes

Paul Cézanne -
Madame Cézanne au fauteuil jaune, 1888-1990 //

  • Cézanne, Madame Cézanne au fauteuil jaune, tableau de Bâle
  • Cézanne, Madame Cézanne au fauteuil jaune, tableau de New-York

 

Non, vous ne louchez pas, ce sont bien 4 tableaux quasiment identiques de Madame Cézanne au fauteuil jaune qui sont réunis pour la première fois en France. De Sao Paulo, New-York, Bâle et Chicago, chacune des toiles a parcouru un long chemin pour s’offrir à la comparaison. Venez découvrir les subtilités et les secrets de cette œuvre quadruple.

De « Biquette » à la « Boule »

Hortense Fiquet est la femme de Cézanne mais quelle distance dans ces 4 toiles ! De ce que l’on sait, leur relation n’a jamais été un long fleuve tranquille. Jeune modèle surnommée affectueusement « biquette » par les artistes, elle rencontre Cézanne en 1869 à 19 ans, lui en a 30. Le peintre français n’assumera jamais cette liaison ainsi que la naissance de leur fils Paul, de peur que son père ne le désavoue et décide de lui couper les vivres. À cette époque, Cézanne n'arrive pas encore à vendre sa peinture. Il finira tout de même par l’épouser, 17 ans après l'avoir rencontrée, plus pour légitimer l'héritage de son fils que par passion. L’amour s’est envolé mais Hortense reste le modèle préféré du peintre et il lui consacrera 29 portraits. Elle qu’on disait difficile à vivre, volage et infidèle avait pourtant assez de patience et d’amour pour son mari pour rester des heures et des heures à poser pour lui. Cézanne, parfois terrible aux dires de son ami Ambroise Vollard, était capable de suspendre son geste pendant de longues minutes. Sachant rester immobile, la dévouée Hortense est à l’origine de ses plus grands chefs-d’œuvre. Pourtant, dans la bouche de Cézanne et de son entourage, la « biquette » deviendra moins mignonnement « la boule », Hortense la mal-aimée. Son fils héritera même du sobriquet “Le boulet”.

Nature morte ou portrait ?

Cézanne est plus connu pour ses natures mortes que ses portraits à tel point qu’à première vue, ces derniers semblent aussi en être. Il refuse de rentrer dans la psychologie du modèle, la peinture ne dégage en apparence aucune émotion, Madame Cézanne a comme bien souvent le visage inexpressif. Cézanne a réussi son coup, on se raccroche à sa peinture, à la cohérence interne de la toile, à la manière dont les couleurs se répondent entre elles, à son génie. Ici, Hortense pose vêtue d’une robe rouge, assise sur un fauteuil à tapisserie jaune à motifs floraux, dans leur appartement du quai d’Anjou. La robe passionna Cézanne qui s’appliqua à en restituer la forme, la couleur et la texture. Il s’en était d’ailleurs vanté auprès de Camille Pissarro « Il n’y a que moi qui sache faire un rouge… ! ». Il s’agissait d’une robe d’intérieur, d’un type que la plupart des femmes de bonne famille du XIXe siècle n’auraient pas porté hors de chez elle. Pourtant si Hortense porte un uniforme de femme au foyer, la vivacité du rouge et l’immobilité voulue de sa pose, excluent toutes idées qu’elle puisse se livrer à des travaux ménagers.

Du modèle au tableau et du tableau au modèle

Certains détails furent ajoutés lorsque la peinture était déjà sèche, ce qui suppose plusieurs séances de travail, certainement repris en l’absence du modèle. Il est également probable que la toile de Chicago ait été construite sans son modèle tant elle paraît construite à partir du portrait de Bâle. Les contours extérieurs de la chaise et de la robe sont quasi-identiques. Ces tableaux ont donc eux-mêmes servi de modèle. Mais fallait-il qu’il enlaidisse sa femme à ce point ? Car le changement le plus remarquable dans la toile de Chicago est l’augmentation de sa robe et de son visage, les joues d’Hortense sont dilatées comme si elles étaient gonflées d’air. Il a ajouté de la peinture autour des yeux et de la bouche pour les réduire à l’état de minces fentes dans un visage qui ressemble à un masque bouffi. Son regard est tourné au loin, Hortense n’est plus sa femme, impassible et distante, elle se fond dans la toile.

Visible au Musée d’Orsay
Jusqu’au 24 septembre 2017

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