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Les 10 choses à savoir sur Guernica

Pablo Picasso - 
Guernica, 1937 //

Bien que vous ne puissiez pas admirer Guernica au cours de l’exposition, il est essentiel d’en connaître l’histoire pour mesurer toute la richesse du chef-d’œuvre de Picasso. Une brève histoire de l’œuvre à garder sous la main lors de votre visite !

Guernica est né de la guerre, et représente la réponse de Picasso à l’un des massacres les plus sinistrement connus de notre histoire moderne. Lorsque les forces nazies et franquistes bombardent cette petite ville du Pays Basque en avril 1937, ils commettent là non seulement un acte de guerre, mais surtout un acte de terreur : Guernica était loin d’être un objectif à abattre, militairement parlant. L’ampleur du bombardement, la disproportion de l’attaque, choquent les esprits. Quelques jours seulement après le drame, Picasso prend les pinceaux comme certains prendraient les armes. Quelque temps plus tard quand un ambassadeur du régime nazi lui demande, devant une photographie de Guernica, si c’est lui a fait cela, Picasso lui aurait rétorqué : « Non… Vous ».

Quand l’art devient une arme pour la paix

 « La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensive et défensive contre l'ennemi ». C’est ainsi que Picasso perçoit la portée politique de l’art, dès 1935. Avec Guernica, ses paroles prennent tout leur sens, d’autant que le XXe siècle - et les terribles guerres qui le traversèrent - est le siècle qui a sans doute engendré les plus belles réponses artistiques à la barbarie humaine. Avec Guernica, Picasso dote la résistance à la guerre et la lutte pour la paix d’un magnifique médium. Le tableau a en effet très vite transcendé son propre contexte pour devenir un symbole universel. À tel point d’ailleurs qu’une immense reproduction orne les murs du siège du Conseil de sécurité de l’ONU. D’ailleurs, le symbole dérange parfois : la dénonciation de la guerre par Picasso est tellement puissante que lorsqu’en 2003 le gouvernement américain annonce à l’ONU son intention d’envahir l’Irak, une toile est tendue pour masquer le tableau… Difficile en effet pour les États-Unis de convaincre de la nécessité de bombarder un pays avec en toile de fond l’illustration fracassante des horreurs causées par les bombes !

Une avalanche de détails

L’universalité de Guernica tient d’abord de toute la richesse symbolique des éléments qui composent la toile.

  1.  Le plus évident peut-être : la colombe, située dans l’arrière-plan gauche du tableau. Comme engluée sur la table, elle n’est pas en vol, on peine à la distinguer, la lumière est mise plutôt sur la souffrance qui émane du premier plan du tableau. La colombe blanche est un symbole universel de paix, dont l’origine est à chercher dans la Bible. C’est en effet elle qui annonce à Noé la fin du Déluge, lui amenant en son bec un rameau d’Olivier. Ici donc, la paix peine à briller, anéantie par le bombardement.
  1.  Au centre du tableau sur la première ligne, l’épée brisée nous montre à quel point le combat était inégal : comment lutter contre des bombes anonymes, comment lutter quand notre ennemi n’est à portée d’arme

 

  1. L’épée est d’ailleurs tenue par un soldat, prostré au sol les bras en croix - dans une posture qui n’est pas sans nous rappeler la crucifixion du Christ et par là l’idée du sacrifice de l’innocence.

 

  1.  Mentionnons aussi la source de lumière qui irradie l’ensemble de la toile – toile dont les dimensions monumentales participent aussi d’ailleurs à l’effet produit : 3,5 mètres de haut sur 8 mètres de large. L’œuvre, en noir et blanc, est éclairée par une source de lumière, située en haut au centre. Sa forme est sujette à différentes interprétations : une forme d’obus ? Une forme d’œil ? Celui de Picasso peut-être, et du regard qu’il porta sur cette tragédie.
  1.  Juste en dessous, la tête de cheval est là encore très significative. Symbole de l’Espagne, il est ici à l’agonie et hurle toute sa détresse à la face du monde. L’exposition du musée Picasso vous permettra d’ailleurs de noter un détail : lors de son travail préparatoire, la tête de cheval, était représentée à la verticale, comme on peut le voir sur la toile Tête de cheval, que l’on retrouve dans l’exposition. Dans Guernica, la tête est cette fois à l’horizontale, comme si le cheval était soufflé par le choc du bombardement.

Lorsqu’on passe en revue la riche carrière de Picasso, on constate très vite que Guernica se distingue par un détail qui pourrait paraître insignifiant : il n’utilise que le noir et blanc, là où le reste de ses toiles sont toutes plus colorées les unes que les autres ! Et cette différence a du sens : beaucoup s’accordent en effet à y voir un lien avec la photographie de guerre. Ici, Picasso n’invente rien, ne fabule pas, son tableau est aussi historiquement véridique que ne le furent les photographies d’un Robert Capa.

 

  1. Guernica a donc vraiment eu valeur de reportage journalistique. D’ailleurs si l’on s’approche, on voit que le pelage du cheval n’est pas sans rappeler les caractères typographiques des journaux. On peut aussi y lire un hommage du maître à la presse libre. C’est aussi par la presse que Picasso a pris connaissance du drame.

 

 

 

  1.  La scène la plus poignante du tableau est peut-être celle de la mère tenant dans ses bras son enfant mort. Picasso représente ici l’infanticide, l’un des actes les plus terribles au monde. La désolation, le supplice de la mère est celui qui nous saute le plus directement aux yeux lorsqu’on voit le tableau pour la première fois. Picasso reprend ici le leitmotiv de la Vierge à l’enfant, à la différence près que cet enfant n’aura pas le temps de devenir un prophète. Tout espoir est anéanti par la guerre.

 

 

  1. Les visages portent en eux-mêmes l’universalité de la douleur : édentés, ils représentent l’impuissance. Les yeux ont tant pleuré qu’ils ont pris la forme d’une larme.

 

  Avec le motif de l’homme qui lève les bras vers le ciel, Picasso rend explicitement hommage à une autre grande toile dénonçant les horreurs de la guerre, peinte elle aussi par un des maîtres de la peinture espagnole, qui décidément n’en finit pas de s’engager, le Tres de Mayo de Goya. Le tableau de Goya compte lui aussi parmi les représentations les plus célèbres de l’horreur de la guerre. Connu aussi sous le nom des Fusillades du 3 mai, le tableau est une réponse à l’exécution arbitraire par les soldats de l’armée napoléonienne de prisonniers de guerre espagnols, en représailles à une révolte populaire.

 

 

L’immense poids porté par Guernica dans l’histoire de nos représentations ne doit pas cependant nous faire oublier qu’elle n’est pas la seule parmi les toiles engagées de Picasso. Si elle est indéniablement LE symbole antiguerre, Picasso a aussi repris LE symbole pour la paix : comment ne pas penser en effet à sa Colombe de la paix ?

 

 

>> Tout savoir sur l'exposition consacrée à Guernica 

 

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