Barbara
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On A Vu : Soulèvements

Jusqu'au 15 janvier 2017 - Jeu de Paume //
Immanquable

“Je me révolte donc nous sommes” écrivait Albert Camus. Bras levés, poing fermés, tracts dans les airs, poussières dispersées, feux d’artifice éclatants, drapeaux au vent ... la foule révoltée a laissé derrière elle une iconographie extrêmement riche au fil des luttes, de l’abolition de la peine de mort à la guerre civile espagnole en passant par la révolution au Chiapas. Pour la première fois au Jeu de Paume, une carte blanche est laissée au philosophe et historien français George Didi-Huberman qui souhaitait interroger la représentation des peuples insoumis au sens politique comme esthétique. Une exposition transdisciplinaire émotionnellement dense qui rassemble de vrais trésors.

Pour les dix ans de carrière de Marta Gili au poste de directrice du Jeu de Paume, la critique d’art et commissaire d’exposition a décidé de laisser libre champ à un de nos intellectuels préférés. Si la plupart d’entre nous voient dans ce thème un écho à la brûlante actualité, George Didi-Huberman a davantage souhaité mettre en lien les notions d’Histoire et d’émotion tout en étudiant le fait que certaines images contribuent à la réinvention de nos espoirs politiques. Ce vaste projet anime le philosophe depuis longtemps, ce qui lui permet de nous livrer une étude à la fois globale et approfondie de son sujet, qui n’ayez crainte, est abordé de façon simple et poétique.

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L’exposition rassemble des œuvres et des archives extrêmement variées qui explorent les différentes façons d’aborder le thème du soulèvement, au sens propre comme au figuré. Au rez-de-chaussée la première section est consacrées aux éléments naturels qui se déchaînent, le vent, la poussière, le feu qui se soulèvent et transforment les choses. Une belle métaphore illustrée par des photographies de Man Ray, une vidéo de la place Tahrir réalisée par Jasmina Metwaly nous plongeant au cœur du tumulte d’une révolution ou encore une petite peinture magnifique de Léon Cogniet évoquant la Révolution de 1830.
Puis se sont les corps qui entrent en mouvement car se soulever est aussi geste. Alors les bras des révolutionnaires espagnols se lèvent, la bouche s’ouvre à l’occasion d’un chant patriotique, des manifestants anticatholiques jettent des pierres,  Joseph Beuys et Friedrich Nietzche sont réunis par un marteau, Willy Ronis photographie une foule d’ouvriers en grèves chez Citroën, et Gustave Courbet représente un « Homme en blouse debout sur une barricade » (1848). La dernière salle du rez-de-chaussée nous en met plein la vue : on y admire notamment une œuvre impressionnante d’Annette Messager, une vidéo nous montre un homme en lévitation ou le célèbre portrait de Rudi Dutschke, représentant du mouvement étudiant de l’Allemagne de l’Ouest, par Wolf Vostell. Un texte de Michel Foucault datant de 1971 et décrivant la situation dans les prisons comme intolérable nous laisse pantois.

A l’étage, l’exposition témoigne du soulèvement à travers les mots, de ces moments où le geste et la pensée s’accordent pour donner corps. Par conflits embrasés, par justice, par désir… les raisons d’une telle mise en forme du soulèvement des peuples sont nombreuses, à toutes les époques, et dans tous les pays. Au cœur de ces sections, vous retrouverez certaines œuvres marquantes, la pétition pour l’abolition de la peine de mort rédigée par Victor Hugo, Miro livrant sa vision de l’espoir du condamné à mort, les ruines de l’Hôtel de ville mis à feu par les communards, les mères de Buenos Aires réclamant justice pour leur enfants disparus pendant la dictature militaire, trois clichés glaçants pris par les prisonniers des nazis à Auschwitz-Birkenau au péril de leur vie, entre autres.

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Une exposition essentielle, tant pour le thème abordé que par la façon dont il est traité. Didi-Huberman ne nous explique rien, il nous conte les évènements, leur fond, leur forme. Parfois frustré de n’avoir pas plus d’informations historiques, libre au visiteur de se cultiver par lui-même une fois cette expérience terminée. Car l’engagement se situe là aussi. Cette exposition questionne magnifiquement ce sujet à la fois ultra contemporain et vieux comme le monde, pour des jours à venir que nous espérons meilleurs.

4 bonnes raisons d’aller voir cette exposition

-Pour le sujet universel et la façon dont il est intelligemment traité
-Pour les œuvres rares et exceptionnelles que vous y verrez
-Pour la façon dont est célébrée l’humanité, sa force, son désir, sa puissance
-Pour un regard pertinent sur l’Histoire de ce monde

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Jeu de Paume
Jusqu'au 15 janvier 2017
1 place de la Concorde, 75008 - M° Concorde (1/8/12)
Du mardi au dimanche de 11h à 19h
Nocturne le mardi jusqu’à 21h
Tarifs : 10€ - Tarif réduit : 7,50€

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