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L'inspiration cachée de Picasso

« L’art nègre ? Connais pas ! » déclare Picasso à Florent Fels, dans sa revue Action en 1920. Sa réaction peut sembler incongrue quand on découvre dans cette impressionnante exposition l’influence indéniable des « arts primitifs » dans son travail.
Quoi qu’il en dise, Picasso est absolument subjugué par les forces créatives venues d’Afrique, d’Asie ou d’Océanie, qu’il découvre lors de ses nombreuses visites au musée du Trocadéro. Picasso collectionne totems et autres fétiches, et voit dans ces pièces non encore reconnues à l’époque comme des œuvres d’art, un acte créateur génial qui touche au sacré et à l’universel.
L’art africain serait donc l’ancêtre du cubisme, muse du courant qui a porté Picasso au sommet de l’art du XXe siècle. Picasso confiera d’ailleurs à son ami Apollinaire, peu après 1905 : « Mes plus grandes émotions artistiques, je les ai ressenties lorsque m’apparut soudain la sublime beauté des sculptures exécutées par les artistes anonymes de l’Afrique ».

Comparons un peu...

Statuette et Debout nu de profil, Picasso Primitif, Quai Branly

Statuette et Debout nu de profil, Picasso Primitif, Quai Branly 

Cette statuette du XIXe, de la région Mitzic au Gabon, est faite de formes géométriques, d’un nez en triangle, de formes féminines et généreuses. Les yeux et la bouche sont réduits au minimum, de simples formes apportant du volume au visage. L’image du corps est débarrassée de ses attributs sociaux, elle n’est qu’un ensemble de formes, une verticalité qui présente l’humain sous sa forme la plus animale. Si l’auteur de cette sculpture avait dû en faire un dessin préparatoire, cela aurait pu fortement ressembler à celui de Picasso. Observez un peu les similitudes entre les coiffures et l’enchevêtrement des jambes… Troublant non ?

 

 

Masques, Picasso Primitif, Quai Branly

Masques, Picasso Primitif, Quai Branly

 

Qui a fait quoi ? Difficile de reconnaître la création du maître et celle de cet artiste ivoirien (avt. 1966). Pas étonnant, car Picasso décèle dans l’art de la Côte d’Ivoire cette faculté exceptionnelle de reproduire la réalité simplement. Il écume les expositions, comme « Art africain et art océanien » du théâtre Pigalle, enchaînant les croquis, avide de s’inspirer de ces visages. « Deux trous », dit-il, « c’est bien abstrait quand on songe à la complexité de l’homme ». Et pourtant, ça marche.

 

 

 

Masque ko gé et Le Baiser, Picasso Primitif, Quai Branly

Masque ko gé et Le Baiser, Picasso Primitif, Quai Branly

 

Quoi de mieux pour exprimer la nature sauvage de l’Homme, dominée par un désir indompté et des pulsions instinctives, que d’en peindre les dents acérées, prêtes à se nourrir d’un appétit cannibale. La bouche fascine Picasso, parfois sensuelle et désirable, parfois monstrueuse, à l’image des masques primitifs qu’il collectionnait.

 

 

 

 

Masque d'exorcisme tovil et Fernande, Picasso Primitif, Quai Branly

Masque d'exorcisme tovil et Fernande, Picasso Primitif, Quai Branly

Ne vous êtes-vous pas toujours demandé d’où venait cet acharnement de Picasso sur le nez de sa charmante Fernande ? La pauvre femme au nez somme toute aquilin s’est vite retrouvée affublée d’une forme patatoïde en plein milieu de son joli minois. Ne cherchez pas plus loin, la réponse se trouve dans cette exposition, en observant ces masques d’exorcisme venus du Sri Lanka du début du XXe siècle.

 

 

 

Tesson et Carreau décordé d'une tête de faune, Picasso Primitif, Quai Branly

Tesson et Carreau décordé d'une tête de faune, Picasso Primitif, Quai Branly

 

Homme ou bête ? Ici, l’être humain s’approprie un attribut animal : les cornes. A l’image des croyances sur « la culture nègre », à l’époque, montrant l’Afrique comme un continent plus "sauvage", où Picasso se retrouve, à travers son amour de la mythologie, plus particulièrement du minotaure, emprunte à nouveau à l’art primitif.

 

 

L’importance des traditions

Pour Picasso pourtant, c’est clair, ces masques et ces statues sont des « médiateurs », des œuvres si uniques et si différentes qu’elles doivent être utilisées par d’autres. Il collectionne les masques et les sculptures, les achète à prix fort ou les échange contre ses propres peintures. Il demande à son amie Gertrude Stein de lui en rapporter des Etats-Unis, ou se les fait offrir par l’auteur Inez Haynes Irwin. L’art primitif traîne et trône partout chez lui, faisant office de « témoin » de son travail. Picasso s’en inspire donc amplement car il s’en sent proche et dit comprendre ces artistes. « Il est clair qu’un homme a inventé ce modèle, et d’autres l’ont imité, n’est-ce pas ce que l’on appelle la tradition ? » dit-il pour expliquer cette harmonie.

 

Le saviez-vous ?

Géry Pieret, ami et secrétaire d’Apollinaire, personnage fantasque et haut en couleur, arrive un soir avec des statues ibériques, que l’écrivain offre ensuite à Picasso. Ces statuettes ravissent l’artiste et inspirent d’ailleurs certains aspects du visage des Demoiselles d’Avignon.
Puis, en 1911, le drame éclate : la Joconde a été volée ! L’affaire suscite l’intérêt général et l’enquête est lancée. Pieret, soudain inquiet avoue que les statuettes avaient également été dérobées au musée. Apollinaire, affolé, prévient Picasso et tous deux décident de les rendre. Ils sont alors accusés du vol du tableau phare du Louvre, et Apollinaire passe même six jours en prison tandis que Picasso est longuement questionné.

 

Visible au Musée du Quai Branly - Jacques Chirac
Jusqu’au 23 juillet 2017

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