Culture au quai
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Gauguin impressionniste ?

Paul Gauguin - 
Le Sculpteur Aubé et son fils, Émile, 1882 //

Un petit format, de grands aplats de couleurs, des traits de pastel visibles, une scène quotidienne… Ce tableau a tout d’une œuvre impressionniste. En 1882, date à laquelle Le Sculpteur Aubé et son fils, Émile, a été réalisé, Paul Gauguin est à un tournant de sa carrière. Il vient d’abandonner sa vie d’homme d’affaires pour se livrer totalement à sa passion : la peinture. Il est très proche des impressionnistes qui sont alors à l’apogée de leur art. Mais très vite, il se détache de ce courant pour mener ses propres recherches esthétiques. Si on l’observe bien, ce diptyque porte en lui tous les germes de cette révolution artistique.

© Petit Palais / Roger-Viollet

On connaît bien Gauguin pour ses toiles primitivistes, colorées, retraçant sa vie polynésienne. Dans ce troublant diptyque, pas de couleurs vives ni de paysages exotiques. Il s’agit d’un double portrait du sculpteur et ami de l’artiste, Paul Aubé, d’une part et de son fils Émile, d’autre part. Outre cette césure, ce tableau semble s’inscrire parfaitement dans la lignée de l’impressionnisme. Pourtant Gauguin semble détourner les codes du courant pour créer son esthétique propre. En effet, la scène représentée a quelque chose de presque surréaliste. À droite, Paul Aubé est en train de modeler un vase dans son atelier. Il regarde à l’opposé de ce qu’il fait et de son fils, à gauche, qui lui regarde des images dans une atmosphère complètement différente. L’un est concentré sur ce qu’il fait, capté dans son intimité et son image est faite de courbes, tandis que l’autre a l’air absent, il est dans son lieu de travail, dans un univers bleu et froid accentué par la raideur de ses lignes. Père et fils sont mis ici en opposition et ne semblent pas à proximité.

Pourtant, et c’est là le coup de maître de Gauguin, les deux toiles débordent l’une sur l’autre. Le vase et le coin de la table sur laquelle travaille le sculpteur apparaissent jusque dans la scène représentant son fils. Toutefois, l’épaule du peintre elle ne sort pas du cadre et les arrière-plans ne correspondent pas. Cette décision audacieuse fait de ce diptyque, ouvert à une infinité d’interprétations possibles, un chef-d’œuvre du symbolisme, précurseur du surréalisme. Comme Aubé tournant le dos à son fils sans jamais s’en détacher, Gauguin se sépare ici de l’impressionnisme et de l’obsession de l’imitation au profit d’une recherche de l’intangible et du spirituel.

Visible au Petit Palais
Du 15 septembre 2017 au 8 avril 2018


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