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Rêve érotique

Picasso - 
Le Rêve, 1932 //

C’est à pas feutrés que l’on pénètre dans le musée Picasso. Regards complices avec les œuvres, sourires en coin, on vient ici pour vivre un moment d’érotisme pictural, découvrir l’intimité des toiles. Qui mieux que le séduisant maître espagnol alors, pour nous embarquer vers un tel jardin des délices ? Le vulgaire n’a pas sa place ici, tout est dans la symbolique et les sous-entendus. Notre attention s’arrête sur un tableau en particulier, Le Rêve, celui de l’affiche, qui nous est, de fait, familier avant même de l’avoir observé. Il nous montre à voir Marie-Thérèse, paisible et assoupie, nous incitant à rêver avec elle…

Collection	privée	de	Steven	Cohen©	Christie’s	Images	/	Bridgeman	Images	©	Succession	Picasso

Collection privée de Steven Cohen© Christie’s Images / Bridgeman Images © Succession Picasso

Peint en 1932, ce portrait de Marie-Thérèse, la nouvelle compagne de Picasso. Le peintre est alors séparé depuis peu de sa femme Olga, et dévoile désormais cette relation illégitime qui avait vu le jour dès 1927. L’aveu de cet adultère vient aussi, en partie, du fait de la naissance de leur petite fille, Maya. Picasso entame alors une nouvelle vie lorsqu’il dépeint Marie-Thérèse lovée dans ce fauteuil rouge, une passion amoureuse autant que sulfureuse. L’heure est à l’érotisme dans cette exposition, et ce tableau l’incarne entièrement.

Tout en courbes et en rondeurs, Marie-Thérèse se déploie sous des traits doux et féminins. Comme l’indique le nom du tableau, elle est en plein rêve. La tête penchée, elle prend appuie sur son épaule légèrement relevée, laissant du côté opposé, sa gorge libre et propice aux baisers. Son corps exhale la tranquillité, et, délesté de toutes tensions, se découvre à moitié. Le tissu qui lui faisait office de robe glisse lentement le long de son bras, laissant apparaître un sein. Cette chaire, si joliment aperçue, est autant celle d’une jeune femme sensuelle et voluptueuse, que d’une mère aimante et protectrice. Le collier et le vêtement soutiennent cette ondulation, ils participent à mettre en valeur la peau de Marie-Thérèse, fragmentant son corps sous des jeux d’ombre et de lumière.

Nous sommes ici entre onirisme et érotisme, entre rêverie et coquinerie. Les yeux clos, le visage reposé, le sommeil s’est emparé du modèle. Totalement inclinée sur le côté, sa tête est divisée en deux parties, l’une de profil tandis que l’autre est de face. La première est baignée de lumière, lui donnant une teinte blanchâtre et des airs lunaires, à la manière d’un croissant de lune. La seconde est dans l’ombre, beaucoup plus suggestif par sa forme phallique. L’esprit de la femme est ainsi décomposé selon différents aspects, le rêve et le sexe, le clair et l’obscure, l’inconscient et l’instinctif. Les deux moitiés se retrouvent unies par les lèvres, d’un rouge vibrant. Cette bouche, où un léger sourire s dessine, pousse au béguin.

La tête et l’entrejambe se répondent, dans la symbolique comme dans la composition. Plus bas, les bras reposés nous montrent la voie. Descendant sur les hanches, ils nous mènent jusqu’aux mains, toutes deux jointes au niveau du sexe. Celui-ci est cajolé, encadré par de longs doigts qui forment un triangle, reprenant ainsi l’apparence d’une fente comme d’une flèche qui nous indiquerait le sens. Une fois encore, si la sexualité est visible sur le visage, dans le rêve, l’inverse est également vrai. On ne dénombre non pas cinq doigts, mais six, montrant ainsi une cassure avec le réel et nous renvoyant à l’état de songes.

Bien que ce portrait se permettre quelques fantaisies et ose mettre en avant l’érotisme, il le fait sans heurts. Parsemée de couleurs vives, cette toile a un parfum sucré. Le rouge, le vert et le jaune dominent, dans une confrontation harmonieuse. Les teintes complémentaires donnent du relief à l’ensemble. En arrière-plan, la tapisserie rouge à motifs fleuris partage le décor avec un fond vert rayé, sur lequel vient s’apposer un fauteuil rouge et véhément où se repose la chevelure blonde de Marie-Thérèse. Ces nuances se retrouvent jusque dans le contour du corps de la jeune femme, lui accordant le droit d’arborer ainsi une pose lascive tout en étant d’une grande légèreté. Picasso parvient ainsi à décomplexer le rapport au sexe, à le rendre jovial et sain, sans lui faire perdre sa fougue, allant de cette façon à l’encontre des carcans moraux et des serments de bienséance.

> En savoir plus sur l'exposition : Picasso, année 1932

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