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Tracey Emin : Intimité publique

Si l’art contemporain choque le public, c’est souvent parce qu’il se joue de l’actualité, abordant des sujets controversés, créant des polémiques. Les religions et les sujets d’actualité sont moqués, tournés en ridicule dans le but de déranger, d’attirer l’attention. Pourtant, Tracey Emin, elle, ne recherche pas ces sujets tapageurs.

L’artiste britannique aux multiples talents, ancienne élève de l’Université pour les arts créatifs jouit aujourd’hui d’une renommée certaine. Adorée par de nombreuses célébrités, telles que Naomi Campbell, Madonna ou encore Elton John, la créatrice ne laisse personne indifférent. Cependant, loin de présenter des œuvres ouvertement blasphématoires ou choquantes, Emin s’intéresse au scandale de l’intime. Ses créations révèlent la vérité camouflée, les secrets que partage le monde entier, les exposant au public.

tracey emin, expo in the city

Everyone I Have Slept With - Tracey Emin

En 1995, l’artiste réalise deux œuvres inspirées, affichant ses pensées les plus personnelles à la face du monde. Everyone I Have Slept With, tout d’abord, la fait connaître dans le milieu de l’art contemporain. L’installation, représentant une tente, est couverte de noms de personne avec qui Emin a – littéralement – dormi. Si la création choque, c’est en parti à cause de l’ambiguïté de son nom, mélangeant les amants et les membres de sa famille, actes sexuels et simple présence à ses côtés. Tandis que certains s’insurgent d’une telle confusion, d’autres lui reprochent une vanité apparente, une fierté malsaine visant à mettre en avant ses conquêtes.

Why I Never Became a Dancer, court-métrage étrange, parait en parallèle. L’artiste, en voix off, raconte son passé, ses années de 13 à 15 ans, lorsqu’elle quittait l’école pour avoir des relations sexuelles avec des hommes souvent plus vieux qu’elle. Alors qu’à 15 ans elle perd tout intérêt pour le sexe et se tourne vers la danse, ses anciens partenaires s’invitent à une compétition, scandant des insultes à son égard. La jeune fille perd alors le concours, mais trouve néanmoins la force de s’enfuir de la petite ville d'Angleterre où elle se sent enfermée, se libérant peu à peu, loin de ses détracteurs. Ses deux œuvres, véritables excursions dans la vie privée d’Emin, témoignent d’une envie farouche de dénoncer l’hypocrisie des hommes et de revendiquer les droits d’une femme sur son corps.

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My Bed - Tracey Emin

Quatre ans plus tard, l’artiste fait à nouveau sensation, exposant une nouvelle pièce sortie de son intimité : My Bed. Réalisée après une rupture, alors que l’artiste est dépressive, amorphe, l’installation représente un lit sale, souillé, couvert de débris de préservatifs et de tabac, des cadavres de bouteilles et des sous-vêtements tachés de sang jonchant le sol. Les critiques se multiplient, choquées par un tel manque de pudeur. Emin, impassible, explique que si les gens n’acceptent pas l’œuvre, c’est parce qu’elle les renvoie à leur réalité. Une réalité vécue par tous. Une confrontation forcée.  En 2002, l’artiste se répondra même à travers la création d’un nouveau lit, baptisé « To Meet My Past », cette fois propre et fait, brodé, et encadré d’un tour en bois aux finitions délicates, comme un dialogue guérisseur entre passé et présent.

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I've Got It All - Tracey Emin

En 2002, toujours, I’ve Got It All, une photographie mettant en scène l’artiste est exposée. Jambes écartées et dénudées, des billets recouvrant le sol, d’autres qu’elle tient contre ses partie génitales, Emin se met en scène dans un voyeurisme exacerbé. A nouveau le combat se devine : Entre art et argent, que devient-elle ? Gagne-t-elle cette popularité, cette reconnaissance, ou bien devient-elle victime, sortant l’argent de son corps comme une vulgaire tirelire ? Le parallèle évident avec la prostitution jouera en sa défaveur, donnant à l’image une dimension vulgaire et peu esthétique.

Tracey Emin est finalement un cas à part dans cet art du scandale qui ne touche d’habitude que peu au personnel. Entre candeur et perversion, les œuvres de l’artistes apparaissent comme une psychothérapie, destinée à révéler l’intime de chaque personne au monde entier, et bien souvent contre son gré.

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